CANNES 2024
Cannes 2024 : un palmarès à côté de la Palme
En remettant la Palme d’or au sympathique mais oubliable “Anora” plutôt qu’au puissant film de l’Iranien Mohammad Rasoulof, le jury de Greta Gerwig rate le coche. Restera de ce festival le souvenir d’un cru moyen, sauvé par quelques belles images.
Sean Baker, le réalisateur d’« Anora », samedi soir lors de la remise de la Palme d’or. Photo Antonin Thullier/AFP
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Publié le 25 mai 2024 à 21h54
Une définition du désordre. En cette année olympique, le palmarès du 77e Festival de Cannes finit médaille d’or du saut en stupeur. Sacré Palme d’or, l’attachant Anora, de Sean Baker (Florida Project, Red Rocket), 53 ans, chouchou de la presse américaine, aurait fait un parfait Prix du scénario ou du jury. Lequel jury s’est laissé « envoûter », selon les mots de la présidente Greta Gerwig, par cette comédie amère aux faux airs de Cendrillon. Soit l’histoire d’une pretty woman de Brooklyn, interprétée par l’épatante Mikey Madison, et de sa brève rencontre avec le rejeton plein aux as d’un oligarque russe. La génération Z a-t-elle droit aux contes de fée ? Rien n’est moins sûr, d’ailleurs la réalisatrice de Barbie en a eu « le cœur brisé », mais Anora laisse surtout le souvenir d’une franche marrade, et elles n’étaient pas légion. Cinquante-quatre ans après M.A.S.H., de Robert Altman, l’alliance de la gravité et de l’hilarité porte aujourd’hui bonheur à un représentant du cinéma US indépendant.
Le désordre, donc. Le chaos, en fait. Parce que la Palme évidente, puissante, bouleversante que tout Cannes – en tout cas, tout Télérama ! – espérait pour Les Graines du figuier sauvage, de Mohammad Rasoulof, s’est transformée, tel un carrosse à minuit, en Prix spécial du jury. Le cinéaste, parti d’Iran clandestinement avec un sac à dos pour tout bagage, quitte la Croisette riche d’un trophée inventé pour l’occasion, dont on craint qu’il ne salue davantage son courage et son engagement politique que les qualités esthétiques de son œuvre. Or le film, sans doute son meilleur, a terrassé la Croisette au dernier jour de la compétition, miracle sorti du chapeau d’un programmateur taquin la même journée que la splendide adaptation animée de La plus belle des marchandises par Michel Hazanavicius.